Sur la route sacrée du centre du monde

Voyage en Inde
Voyage en Inde

En Asie circulait la légende du mont Meru, centre du monde, et d’un lac, auprès duquel quatre des plus grands fleuves d’Asie prennent leur source.
Cette légende fut ridiculisée par les Occidentaux jusqu’en 1908, quand l’explorateur Sven Hedin découvre le mont Kailash et le lac Manasarovar, lieux de mythique pélerinage.

Juillet, je suis au Tibet depuis deux semaines. Après un trek de quelques jours jusqu’au camp de base de l’Everest, je reprends la route vers l’ouest accompagnée de Ngima, mon chauffeur. Lorsque nous quittons le goudron de la Friendship Highway qui continue vers Katmandou, c’est pour prendre une piste de qualité variable qui longe le versant nord de la chaîne himalayenne. De nombreuses jeeps venues du Népal et remplies de pèlerins hindous nous accompagnent au coeur de paysages de steppes, de lacs aux eaux turquoise, de collines verdoyantes comme arides. Nous sommes sur la route qui mène au centre du monde : le mythique mont Kailash.

Pour une réincarnation positive Faire la khora, tour du mont Kailash (6 714 m) est le but de toute une vie à la fois pour les bouddhistes, les hindous, les bön-po (adeptes de la religion animiste et chamanique qui prédominait au Tibet avant l’arrivée du bouddhisme) et les jaïns.

Pour tous, effectuer le tour du mont Kailash efface les péchés et permet de se rapprocher du nirvana, état d’esprit où l’être humain n’est plus sujet à la souffrance et qui permet de s’affranchir du cycle des vies. N’ayant pas de guide, je m’immisce au sein d’un groupe de pèlerins hindous pour passer les nombreux postes de contrôle chinois. Venus des quatre coins du monde, certains ont déjà fait le pèlerinage plus de dix fois, pour d’autres c’est la découverte.

Lorsqu’au détour d’un virage, le sommet de leurs rêves apparaît enfin, les jeeps s’arrêtent le long de la route et tous descendent.
Ils se prennent dans les bras et plusieurs sont en pleurs : la demeure de Shiva est devant leurs yeux et l’émotion est forte.
Bivouac sur les rives du lac Manasarovar Au petit matin, les pèlerins sont rassemblés pour la puja, cérémonie religieuse. Une petite tente est installée où les plus courageux peuvent se changer avant d’aller se purifier dans les eaux sacrées du lac. Pourtant, je n’en vois aucun les pieds dans l’eau !

Une longue ascension Une heure de route plus tard nous atteignons le village de Darchen, point de départ de la khora. Le lendemain matin, je m’élance gaiement sur le sentier, prête à parcourir les 52 kilomètres autour de la montagne sacrée en trois jours. Ngima, qui a déjà fait la khora une quinzaine de fois, m’attendra au village. Les deux premières heures, je ne croise qu’un troupeau de barhals, moutons bleus, où sont donc les pèlerins ? Je comprends vite : en contrebas du sentier, une piste s’avance au-delà de Tarboche, et les pèlerins hindous y vont en jeep, évitant les huit premiers kilomètres. Marquant l’entrée de la vallée glaciaire de la Lha-chu que l’on remonte jusqu’au Drölma-la, le plus haut col du circuit, Tarboche se repère de loin grâce à son immense mât à prières d’une hauteur de vingt mètres. Tous les ans au printemps, lors de la fête de Saga Dawa commémorant l’illumination de Bouddha, le mât est descendu et les drapeaux de prières sont renouvelés. Il est ensuite redressé avec une attention extrême, car il faut le positionner de manière parfaitement droite afin que l’année s’annonce heureuse.
S’il venait à pencher vers le Kailash, ce serait signe de grands malheurs.